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Politique

Migrants : l'humanité s'arrête à la frontière

Gérard Collomb en a « marre de passer pour le facho de service »

Pour Gérard Collomb, à la tête de la politique anti-migrants meurtrière de Macron, les critiques sont disproportionnées. Et surtout, il se sent un peu seul à les assumer.

« J’en ai un peu marre de passer pour le facho de service. Lorsque je me retourne, j’ai l’impression qu’il n’y a personne derrière moi, se désole le ministre de l’intérieur. J’ai plutôt l’impression qu’Édouard Philippe compte les points, reçoit les associations, mais ne se mouille pas. »

Collomb se fâche et il n’a pas tort : vaillant soldat au service du président de la République, il est envoyé au front seul pour défendre le texte dûment promis par Macron lors de son élection. Il se plaint d’être sous le feu des critiques des associations de droits des migrants, Cimade en première ligne, et d’être lâché par certains députés de sa majorité – alors qu’il ne fait rien d’autre qu’obéir à l’agenda d’Emmanuel Macron.

Lequel, en effet, avait annoncé un durcissement en matière d’immigration. Le voici presque prêt à passer au vote : doublement de la durée possible de rétention jusqu’à 90 jours, raccourcissement de moitié du délai légal pour un recours contre un refus de la demande d’asile (deux semaines désormais), violation des conventions sur les droits des enfants puisque pour les mineurs, c’est maintenant la qualité d’étranger qui prime sur la considération de leur minorité, enfin, durcissement de l’application du règlement de Dublin, qui autorise les États européens à se renvoyer les uns les autres leurs migrants en fonction du pays d’entrée dans l’UE.

Tous les États de l’UE pratiquent de manière silencieuse mais consciente une gestion des flux migratoires depuis plusieurs années, mais Macron va encore plus loin – derrière le masque de Collomb, qui se plaint d’être tout seul à s’en prendre plein la figure – en décidant d’installer des bureaux administratifs en Afrique, sur les principales routes de l’exil, comme une réminiscence des comptoirs coloniaux. Gérer les flux suppose de contrôler les voies d’entrée – ce que nos dirigeants savent faire depuis des années, en calculant cyniquement les pertes en fonction des fermetures de frontières maritimes ou terrestres – et de les enregistrer administrativement, puisqu’il faut aussi, d’après Collomb, recenser les étrangers en centre d’hébergement d’urgence, pour « protéger les migrants ». Une manière de plus de sélectionner les migrants qui ont survécu au trajet en fonction de leur pays d’origine. Un scandale sur le plan moral et une politique qui s’enfonce plus que jamais dans la seule considération comptable du fait migratoire.

Collomb a raison de se plaindre : il n’est pas le seul « facho » au pouvoir aujourd’hui en France.

Crédits photo : Bertrand GUAY / AFP




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